La vérité

Publié le par Jeely

Cette semaine j'ai été confrontée par 3 fois au problème de l'annonce ou non d'une mauvaise nouvelle au patient.

Dire la vérité, c'est un peu ma ligne de conduite depuis un épisode douloureux lors de mon premier stage d'interne.
A la fac, on vous serine sur tous les tons que le patient doit savoir la vérité sur son état.
C'est très bien, c'est très beau ... mais y a personne qui vous dit comment on fait ..ni en cours magistral... ni en enseignement  dirigé...
En même temps, ok , je ne voies pas comment organiser ça.
Mais ça ne se fait pas en stage  non plus!!! les mauvaises nouvelles s'annoncent dans le secret du bureau du chef, ou de la chambre du patient, et souvent à l'abri des oreilles des stagiaires trop occupés à faire du secrétariat quand ils sont externes, et tout le reste du boulot qd ils sont internes... et pis qd ils sont internes, ils savent faire non???
Il ne s'agit pas de faire du voyeurisme, mais qd meme... ça fait partie de notre métier... c'est normal, non?
Et qd on pose la question à quelqu'un de particulier... il vous réponds que tout dépend de votre sensibilité et de celle du patient... ben tiens! nous vlà bien avancés pas vrai??

Donc lors de mon premier stage d'interne, j'ai accueilli un patient un apres midi, jaune comme un coing, fievreux... Patient hospitalisé dans mon secteur, donc j'ai tout suivi du début à sa sortie pour la chir... Mr M avait un vraissemblable cancer du pancréas qui comprimait les canaux biliaires ( d'ou sa couleur), lui collait par la même occasion une cholecystite d'ou la fièvre. Une fois l'infection neutralisée, il avait été décidé de l'envoyer en chir pour faire une cholangio pancréatographie rétrograde par voie endoscopique (cpre)  pour faire des biopsies et poser un stent. Il m'a demandé l'apres-midi de son transfert ce qu'il avait. Je n'ai pas su lui dire... j'ai expliqué ( bredouillé serait le mot juste)  le bouchon des voies biliaires tant bien que mal, laissé plané l'espoir d'un calcul ( toujours possible si je me rappelle bien mais très peu probable) mais pas vraiment insisté sur la version moins sympa. Je l'ai évoquée... mais à mots trop couverts pur qu'il comprenne... bref j'ai rien dit.
Le cancer du pancréas est une vrai cochonnerie. Il a emporté mon grand père en 3 mois, un patient de 30 ans qd j'étais externe en 2 mois à peine...Seulement moins de 5 % de l'ensemble des patients diagnostiqués sont vivants 5 ans après le diagnostic. Parmi les malades dont la tumeur n'est pas opérables, 50 % sont morts entre 4 et 5 mois après le diagnostic.
J'ai revu Mr M à la fin de mon stage ( je ne vous raconte pas ma tête ce matin là qd j'ai découvert qu'il était dans mon secteur ... de nouveau). Sachant ce qui m'attendais, je suis allée le voir de suite, sans attendre les infirmières. La plus belle soufflante de ma vie. Evidement  en chir, ils n'y sont pas allés avec des pincettes : mis devant les faits en arrivant le soir même. J'ai lui présenté mes excuses pour n'avoir pas su lui dire. Après l'orage, nos relations se sont aplanies, on plaisantait même qd je passais le voir...
Je n'ai plus rien caché depuis.

Cette semaine, j'ai reçu un couple que j'aime bien... ils sont marrants tous les 2, vraiment sympas. Lui a eu un cancer de la prostate, traité par radiotherapie locale, il me semble, et hormonothérapie. Sauf que depuis que je le connais les PSA ne font qu'augmenter... doucement mais surement... A chaque fois que je le voies, il est sur le point d'aller chez l'urologue... donc voilà je n'ai pas vraiment jusque là chercher à savoir ce qu'il savait ou pas. Sauf que la dernière prise de sang est abominable. Là, pas de doute : ya récidive au moins locale! ... j'interroge : vous avez vu le DR TuyauUrinaire? oui oui... il veut que je fasse des examens: une scintigraphie osseuse, une radio pulmonaire et une échographie.
Bon point... sauf que voilà... ça ne le "dérange" pas. Elle non plus... Ils savent quoi au juste? En creusant bien, ils sont tout compris ou presque... il va y avoir changement de traitement pour un nouveau médicament, si il n'y a pas de récidive autre que locale. Ils ont décidé de faire comme si ils ne savaient pas en attendant ...

Il ya eu aussi cette dame qui m'a appelée lundi pour avoir les résultats de la prise de sang de son mari. Il vient d'avoir une coloscopie, le gastro a demandé de faire la prise de sang avant de retourner le voir le lendemain... ACE aux taquets... probabilités importantes de cancer du colon... Au téléphone que lui dire? que tout est bon sauf le marqueur du cancer? Elle ne pouvait pas pu venir au cabinet parce que son rdv avec le gastro c'etait mardi matin. J'ai dis qu'un truc clochait mais que sans l'avis du gastro on ne pouvait rien dire. Compte rendu du scanner reçu ce matin : carcinomatose péritonéale, lésion du gros intestin à la coloscopie...

Enfin Mme D. déprimée qui vient avec son mari. La quarantaine, elle a aussi un vraissemblablement un dérèglement hormonale, des règles anarchiques, des maux de têtes qu'elle dit prémenstruels, des troubles de la pilosités (un peu "imaginaires") qui lui font perdre pied. Son mari est venu me montrer le bilan sanguin de débrouillage qui  montre une LH et une FSH pas trop en rapport et surtout la prolactine à 2 fois la normale. Nouveau bilan, plus précis, prescription d'examen d'imagerie pour voir l'aspect de l'hypophyse. ... mais que lui dire??? on a  juste réussi à atténuer ses angoisses en une semaine...que le fait qu'elle ait mal au crane et qu'elle ait la prolactine élevée me font un peu peur et que je crains une tumeur?? on va être bien là...
Son mari était au bord des larmes, il ne dort plus depuis 8 jours parce qu'elle n'est pas bien. Il a regardé sur internet la veille ce que ça voulait dire la prolactine élevée... je ne fais que lui redire ce qu'il a lu...comment va -t-elle réagir?
On a décidé lui dire une vérité partielle... que l'hypophyse a peut etre pris de la taille expliquant l'élevation de la prolactine, qu'il faut vérifier...


C'est pas facile la vérité.

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